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Vous l’attendiez sûrement, l’article sur le développement et le tirage argentique en Noir et Blanc est arrivé ! Si vous n’avez pas vu la vidéo précédente (ou lu l’article associé) je vous le conseille. Avant de commencer, je tiens à vous prévenir que cet article sera dense. Aussi, pour le bien de l’article, si la vidéo décrit mieux les gestes à effectuer, je préfère vous laisser visionner le passage correspondant plutôt que d’écrire un pavé qui rendrait l’article illisible et incompréhensible. Bon, vous êtes prêts ? Alors c’est parti ! 😉

Le développement n’est pas quelque chose d’excessivement compliqué en N&B mais il nécessite d’avoir une méthodologie et d’appliquer quelques astuces de manipulation que nous allons voir ensemble.

Etape 1 : La mise en spire

Tout d’abord, il faut comprendre que le développement se fait dans une cuve de développement. Cette dernière se compose de 5 parties :

  • La cuve en elle même
  • La (ou les) spire(s)
  • L’axe
  • L’entonnoir
  • Le couvercle
Une cuve de développement complète

Une cuve de développement complète

La première étape consiste à transférer la pellicule de sa cartouche dans la cuve. Cependant, on ne va pas laisser notre pellicule toute fragile se balader librement dans la cuve ! C’est là qu’intervient la spire qui va nous permettre d’avoir un développement homogène. Oui mais comment faire rentrer une pellicule dans une spire ? Il faut dans un premier temps se mettre dans le noir car je vous rappelle que votre pellicule est toujours sensible à la lumière ! Il faut ensuite décapsuler la cartouche et récupérer la pellicule (aussi appelée « film »). Une fois que c’est fait, on prend nos ciseaux pour détacher le film de l’axe en plastique qui maintient la pellicule. On en profite pour « tailler » l’avant du film (qui va rentrer en premier dans la spire) afin de lui donner une forme qui a moins de chances d’accrocher une fois dans la spire.

Attention ! Tous les éléments (y compris vos mains) doivent être parfaitement secs afin d’éviter tout blocage de la pellicule dans la spire et une dégradation possible du film argentique

Le coeur de la mise en spire se situe donc dans l’enroulement du film dans la spire. Mon conseil est de faire rentrer les premiers centimètres de pellicule au niveau des encoches puis de placer ses mains de par et d’autre de la spire pour effectuer un mouvement de rotation. Quand le film est complètement rentré dans la spire, on positionne cette dernière sur l’axe qu’on place dans la cuve. A ce stade, il est possible de placer une seconde spire, même vierge, afin d’éviter que la spire contenant le film ne se déplace sur l’axe. On rend la cuve étanche à la lumière en y vissant l’entonnoir et on lui met son couvercle … pour qu’elle n’attrape pas froid !

Etape 2 : la chimie et les 3 bains

Vous pouvez rallumer la lumière. Ben oui parce que doser de la chimie dans le noir, c’est risqué ! C’est le point qui peut faire peur en argentique : LA CHIMIE. Les produits à manipuler ne présentent pas un gros risque, du moins si vous ne vous en servez pas pour préparer vos mojito … Trêve de plaisanterie, il me faut revenir sur 2 règles qui font partie des bases de la chimie :

  • Règle n°1 : on rince TOUJOURS sa verrerie avant de l’utiliser. On ne sait pas forcément si elle a bien été rincée et quel(s) produit(s) ont été utilisés dedans avant nous.
  • Règle n°2 : quand on parle de « dilution à 1+4 », on entend par là que pour 1 volume de produit, on va diluer avec 4 volumes équivalents d’eau. Autrement dit, si j’ai 290 mL de volume total à remplir (c’est notre cas dans la vidéo) et que mon produit doit être dilué à 1+4, je vais devoir utiliser 58 mL de produit pour 4x58 mL d’eau.
Le révélateur, le bain d'arrêt (eau), le fixateur

Le révélateur, le bain d’arrêt (eau), le fixateur

Si ces 2 règles sont claires pour vous, alors la chimie en argentique N&B n’a plus de réelle difficulté. Le procédé est le suivant : on utilise successivement 3 bains pour révéler l’image sur la pellicule, arrêter la réaction de révélation puis fixer l’image sur le film. On va alors utiliser 3 produits qui portent bien leur nom :

  • Le révélateur (la base)
  • Le bain d’arrêt (l’acide)
  • Le fixateur (le produit qui pue)

Au niveau des temps, il faut regarder en fonction de la pellicule utilisée, de la température de développement (20°C la plupart du temps) et du révélateur utilisé.  En général, ces temps sont renseignés directement sur la bouteille du produit. Si ça n’est pas le cas, je vous conseille d’utiliser une application appelée Massive Dev Chart (payante sous Android et iOS) mais qui possède un site Internet gratuit intitulé . Globalement, pour le bain d’arrêt et le fixateur, les temps sont respectivement de 1 et 5 min.

Plusieurs remarques peuvent être faites :

  • Le révélateur et le fixateur sont des produits spécifiques qui s’achètent dans des magasins spécialisés. Le bain d’arrêt aussi (pour faire servir de solution tampon) mais il peut largement être remplacé par du vinaigre Eco+ (dilué à 1+3) ou plus simplement par de l’eau.
  • Tous les produits peuvent être utilisés « à bain perdu » (ils sont vidés dans l’évier après utilisation) ou récupérés. Je vous conseille cependant de ne pas récupérer le révélateur pour garder une constance dans les développements. Le bain d’arrêt et le fixateur peuvent être récupérés dans des bidons opaques afin de faire des économies de produit.
  • Pour bien répartir chaque bain dans le cuve, je vous conseille d’agiter 1 min comme je le montre dans la vidéo, de laisser reposer 1 min puis d’agiter 15 secondes toutes les minutes en tapant la cuve sur l’évier pour chasser les bulles

Etape 3 : rincer, sécher, ranger

Les dernières étapes du développement sont primordiales. Il faut rincer le film à l’eau claire pendant une bonne quinzaine de minutes en renouvelant l’eau le plus souvent possible. Cette étape ne doit pas être négligée car elle permet de supprimer toute trace de fixateur sur le film et donc de garantir sa bonne conservation dans le temps. Un fois que c’est fait, faites un dernier rinçage avec de l’agent mouillant qui peut s’acheter en boutique mais qui se remplace aisément par du liquide vaisselle. Cela va briser la goutte d’eau et éviter de laisser des traces lors du séchage. Sortez délicatement votre film est essorez-le avec vos doigts. Pour ceux qui possèderaient une essoreuse mécanique, abandonnez l’idée car elle risque d’arracher votre film encore fragile.

Les pinces de séchage (lestée à gauche)

Les pinces de séchage (lestée à gauche)

Dans la vidéo, nous avions à notre disposition une sécheuse ce qui n’est pas le cas de 99% d’entre nous. Pour la plupart, une bonne tour à étendre le linge et deux pinces (dont une lestée) vous donneront le même résultat. Le mieux reste que le film soit tendu afin que l’eau s’écoule bien jusqu’en bas.

Pour terminer, il faut ranger ses films une fois secs. Vous trouverez des pochettes prévus à cet effet dans les boutiques spécialisées. Coupez votre négatif en commençant par la fin, faites en des petites bandes de 6 vues puis glissez les dans les rangées prévues à cet effet. N’oubliez pas d’écrire sur la pochette des informations telles que le numéro de la planche, l’appareil utilisé, la pellicule utilisée ainsi qu’un petit descriptif pour retrouver facilement vos photos (eh oui pas de bibliothèque Lightroom en argentique !). Voilà, vous connaissez les bases du développement argentique en N&B ! 😉

Révélateur papier Ilford et lampe inactinique

Révélateur papier Ilford et lampe inactinique

Pour cette partie, je vais vous donner une méthodologie qu’il faudra recommencer autant de fois que vous le désirez afin d’obtenir l’image que vous souhaitez. Auparavant, je vais vous donner quelques explications préliminaires pour comprendre la suite des événements.

Le tirage N&B n’est pas soumis au noir total. En effet, le papier utilisé est dit « multigrade » et est insensible au rayonnement rouge. Pour voir ce qu’on fait sur un agrandisseur, on utilise une lampe inactinique dont la lumière ne fait pas réagir le papier. Veillez cependant à ne pas approcher le papier photo à moins d’un mètre de la source lumineuse. Par ailleurs, n’allumez JAMAIS la lumière (du labo ou de l’agrandisseur) avec la boite de papier ouverte ou lorsque vous manipulez du papier. N’oubliez pas qu’un papier exposé à la lumière est un papier consommé et vous éviterez ainsi de perdre des dizaines d’euros.

Principe de fonctionnement de l’agrandisseur

En ce qui concerne la chimie, le principe est identique à celui du développement à ceci près qu’on prépare les bains dans des bacs. Pour des tirages de taille « standard » (du 10x15 cm au 18x24 cm), on va diluer les produits pour 1L de solution. Des trois produits qu’on utilise au tirage, seul le révélateur change : on passe d’un révélateur « film » à un révélateur « papier ». Le bain d’arrêt et le fixateur restent strictement les mêmes, à la dilution près, consultable directement sur la bouteille. Dans la vidéo, on est à 1+9 pour le révélateur et le fixateur, le bain d’arrêt étant constitué d’un litre d’eau. Cela peut vous servir de base pour commencer.

Dernière précision : les pinces qu’on utilise sont au nombre de 2. La première sert à déplacer le papier du bac « révélateur » au bac « bain d’arrêt » mais ne doit être immergée QUE dans le bac « révélateur » quand vous utilisez autre chose que de l’eau pour votre bain d’arrêt. Si jamais vous faites une fausse manip’, rincez simplement la pince et remettez la dans le bon bac. La 2e pince, sert de pince navette entre le bain d’arrêt et le fixateur. Elle peut être trempée dans les deux derniers bains, en aucun cas dans le 1er (révélateur).

Etape 1 : Choix du format et réglage du margeur

Avant de commencer quoi que ce soit, il faut savoir sur quel format de papier vous désirez tirer votre image. Rien ne sert de tirer sur un trop grand format tout de suite, faites vous la main sur des formats inférieurs ou égaux au 13x18 cm. C’est d’ailleurs le format que nous utilisons dans la vidéo. Une fois la dimension choisie, on règle le margeur. Cet objet, placé sous l’agrandisseur, permet de maintenir le papier le plus plat possible pendant l’exposition à la lumière de l’agrandisseur. Il permet aussi, comme son nom l’indique, de créer des marges.

Etape 2 : Le passe vue

Le passe vue va permettre de maintenir la vue sélectionnée entre la source lumineuse de l’agrandisseur et le papier. Je vous conseille d’éviter de faire glisser votre bande de 6 vues comme nous l’avons fait dans la vidéo sous peine de rayer votre film. Faites également attention au sens de la vue (coté brillant vers le haut, retourné sur l’axe vertical à 180°).

Voici à quoi ressemble un scoponet

Voici à quoi ressemble un scoponet

Etape 3 : Réglage de l’agrandisseur et mise au point

Placez un papier du même format que celui que vous souhaitez utiliser. Ce papier sera « condamné » et servira à créer une épaisseur identique à celle du papier final. Ne le plongez pas dans du révélateur, il noircirait et deviendrait inutilisable. Allumez la lampe de l’agrandisseur, sinon vous n’y verrez rien ! Réglez le rapport d’agrandissement (molette arrière) en ajustant avec une mise au point grossière. Prenez un scoponet et placez le sur le papier de réglage. Affinez votre mise au point en regardant dans le scoponet et en essayant d’obtenir les grains les plus nets possibles.

Etape 4 : Réglage du grade

En N&B, on utilise des filtres multigrades allant du Jaune (0) au Magenta (5). Plus de grade est important ou tire vers le Magenta, plus l’image sera contrastée (ou « dense ») et inversement. Gardez cependant à l’esprit que plus vous mettez un grade fort, et plus vous ferez barrage à la lumière. Il vous faudra donc compenser cela lors du réglage de l’exposition. Je vous conseille de partir sur un grade 2 pour commencer et d’affiner si le résultat vous parait trop ou pas assez contrasté.

Etape 5 : Réglage de l’exposition

Comme pour la prise de vue, l’exposition se règle sur 3 paramètres : la sensibilité du support (ici celle du papier), l’ouverture et le temps de pose. L’ouverture va se régler au niveau de l’objectif de l’agrandisseur. Je vous conseille d’opter pour un 50 mm et de fermer à f/8 ou f/11 pour un piqué maximum. Pour faire vos réglages, vous pouvez rester à ouverture maximum pour avoir plus de lumière pour travailler. En ce qui concerne le temps de pose, c’est l’expérience qui va parler. Pour mon cas personnel, je commence à des temps aux alentours de 5 secondes et j’affine au fur et à mesure des essais.

Du papier photo de la marque Ilford

Du papier photo de la marque Ilford

Etape 6 : Exposition du tirage

A ce stade, éteignez la lumière blanche (si elle était encore allumée). Ne laissez plus que la lumière inactinique allumée et faites en sorte que personne n’entre et vous bousille votre paquet de feuilles. Retirez le papier de réglage de sous l’agrandisseur et placez-y un bout d’essai (un quart de feuille par exemple). Si vous vous demandez pourquoi, regardez le prix du papier photo et vous comprendrez ! 😉 N’oubliez pas que les premiers tirages sont toujours des tests de vos réglages. Plus vous pratiquerez et moins cette phase de test durera longtemps.

Etape 7 : Passage dans les bains et rinçage

Une fois le papier exposé, prenez-le et faites le tremper dans le bain de révélation, face vers le haut pour voir la magie de l’argentique. Remuez régulièrement la bassine pour appliquer le produit de manière homogène. Restez une minute dans le premier bain puis passez au second (bain d’arrêt), face vers le bas. Au bout d’une minute également, passez au troisième bain (fixateur), toujours face vers le bas. Laissez le fixer quelques minutes et déposez le papier dans un bac vide pour observer votre bout d’essai ou votre tirage afin de comprendre ce qui va (ou pas).

Une fois que c’est fait, rincez à l’eau claire plusieurs fois (au moins 3-4 fois) afin d’éliminer toute trace de fixateur pour assurer une meilleure tenue dans le temps. Laissez sécher en déposant le papier face vers vous sur un mur en carrelage. L’eau restante va faire adhérer le papier au mur et il tombera (le papier hein pas le mur) de lui même une fois sec.

Recommencez

Ce qui est beau avec le tirage argentique, c’est que vous allez passer plusieurs dizaines de minutes à obtenir votre tirage. On pourrait penser que c’est fastidieux et c’est parfois vrai. Néanmoins, le fait d’avoir travaillé sa photo du début à la fin a une saveur particulière, croyez-moi. Recommencez donc, à partir de l’étape 4 si vos réglages ne vous conviennent pas ou au delà si vous changez de vue / de format.

Si vous avez lu cet article jusqu’au bout, je tiens à vous dire que vous êtes courageux et je vous en remercie. Le principe du développement / tirage est assez simple à comprendre mais la pratique est remplie de petits détails pas toujours explicites. J’ai donc essayé de vous fournir des explications à la fois complètes et simples à appréhender si vous désirez vous lancer dans l’aventure argentique. Il se peut que j’ai oublié des éléments car ce qui est clair pour moi ne l’est pas forcément pour tout le monde. Si vous avez la moindre question, n’hésitez pas à la poser dans les commentaires de cet article ou de la vidéo ! 😉




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